A Jean-Louis…

Jean Louis,
Nous nous souvenons de notre première rencontre. C’était à l’automne 2010, au restaurant L’oiseau sur sa branche à Saou. Nous faisions un film. On ne le savait pas encore mais nous allions le diffuser un sacré nombre de fois. Tu ne le savais pas encore mais derrière leurs écrans, avec Danielle, vous alliez toucher des milliers de spectateurs.
Rapidement la relation entre les « journalistes » et l’interviewé à laissé place à une relation d’amitié.
Nous étions venu pour faire un film.
Nous avions rencontré un ami.

Toi tu étais en guerre. Toute ta vie tu as été en guerre, contre les ministères, contre les technocrates. Contre ceux qui savaient, contre ceux qui voulaient t’apprendre ton métier, le rendre plus moderne, tous ceux qui a coup de normes, de lois et d’obligations voulaient régenter ta vie de berger et la façon de la mener. Tu étais en guerre mais c’était au nom d’un idéal, d’une façon de faire. Tu ne défendais pas simplement un métier d’ailleurs, mais une façon de vivre.

Nous, nous étions admiratif de ça. C’est une chose que d’être rebelle à vingt ans. Ç’en est une autre de tenir dans la durée. De l’assumé jusqu’au bout quitte à renoncer à son confort.
Alors nous pouvions passer à l’improviste à Vachères. Pour une soirée, pour quelques jours. Pour discuter. Du Larzac et des années soixante dix. De ce qu’ils étaient devenus tous ces gens que tu avais connu à l’époque et qui n’avaient pas fait comme toi. De comment ils avaient réussi en se reniant. Les journées ne faisaient pas 24 heures à Vachères. Tu trouvais même le temps de discuter pendant des heures quand le téléphone ne sonnait pas. De ce qui se passait aujourd’hui. De ce qui ne tournait pas rond dans ce monde, mais surtout de ce qu’il y avait d’enthousiasmant dans notre époque.

A Vachères, nous étions sûr de trouver la porte ouverte. Nous ne l’avons jamais vu fermé d’ailleurs. Peut-être, comme dans la chanson, qu’on avait jeté la clef. Le poêle à bois chauffait la cuisine. Il y avait toujours une assiette de prête et un lit disponible. Le temps semblait s’arrêter ici. Il y avait quelque chose d’intemporel. Et les piles de journaux qui s’amoncelaient. Le Monde, les coupures de presses. Tu étais plus au courant de tout ce qui se passait dans le monde que nous, ici, depuis Vachères.

Il y a un poème d’Armand Robin qui à propos d’un vieux paysan dit ceci :
« Il y en a dans le pays, deux ou trois
pleins de sciences
qui vous expliquent ce qu’est la solitude,
ce qu’est la souffrance,
souvent, le vieux paysan les voit venir vers lui
et il se demande ce qu’ils peuvent bien savoir
et ce qui leur a pris de nommer ainsi ce qu’il faut vivre et taire
Au terme de sa vie, le poème se termine ainsi
Le vieux paysan, presque trop bas pour qu’un ange puisse écouter dit ceci
« laissez-moi m’occuper encore, j’ai beaucoup à faire ici. »
Je veux rester auprès des plantes, des bêtes, de l’avoines, des hommes et des eaux fuyantes
Ceux qui n’attendent pas la mort inventent des tueries
je les regarde sans les comprendre
laissez moi ! il faut que je reste à travailler
Tard dans la nuit, avec courage, avec joie, avec désespoir »

Jean-Louis Meurot est décédé le 5 septembre dernier, il est enterré à St-Julien-en-Quint dans la Drôme au plus près de ses terres de pâtures. Sa famille et ses proches poursuivent l’édition d’un livre qu’il écrivait pour les éleveurs et bergers, sur les soins aux animaux d’élevage par l’homéopathie.